(Re)configurations identitaires PDF

Résumé Les récits de vie sont dotés d’un fort pouvoir d’intelligibilité car ils permettent de faire émerger le sens que les acteurs accordent à leurs actions en stimulant notamment leur capacité réflexive. Cependant, on ne peut réduire la méthode biographique à cette seule tâche de compréhension. By enhancing actors’ reflexive capacities, life stories contribute (Re)configurations identitaires PDF to the emergence of the meaning of actors’ actions. However, the biographical method should not be reduced to this understanding aspect.


Introduction : Migrance et appropriations langagièresdes espaces de légitimités…,Thierry Bulot, Patricia Lamarre, Nathalie Thamin / Diasporisations langagières : nouveau (?) défi sociolinguistique, Jacky Simonin / Approcher les reconfigurations identitaires à travers les migrations(post)coloniales, du Nord de lAfrique vers la France, Alexandrine Barontini / Recomposition des pratiques linguistiques des communautés marocaine et portugaise de Corse, Jean-Michel Géa…

In an emancipatory perspective, life stories and their analysis may be a medium for raising an individual’s awareness of the resources developed throughout the course of life, making them available for future action. Réduire les récits de vie à un simple outillage pour la compréhension des phénomènes sociaux serait toutefois bien réducteur. Car cette technique est également couramment mobilisée dans les pratiques professionnelles qui se réclament de l’accompagnement ou de la formation. Sous le terme ’histoire de vie’, le recueil et l’analyse de récits de vie permettent de rechercher et de construire du sens relatif à des faits temporels individuels. Notre objectif est de montrer que l’analyse des récits de vie peut donner lieu à des applications aussi bien analytiques que pratiques suivant la situation dans laquelle elle est mobilisée quand le recueil du récit de vie est formalisé et validé selon des conditions méthodologiques particulières. Au cours de cette étape, des accompagnateurs ont testé en situation professionnelle ces outils d’analyse auprès de porteurs de projets. Cet article se décompose en trois parties : dans un premier temps, nous présenterons les ’ingrédients’ théoriques de cette expérience méthodologique, rappelant ainsi les écoles de pensée dont ils sont issus.

Nous exposerons ensuite le déroulement concret des deux phases de ce processus de recherche-action : tout d’abord, nous présenterons la méthode d’analyse des trajectoires de vie en montrant à partir d’exemples concrets le type de connaissances auxquelles elle permet d’aboutir. Trajectoires de vie, temporalités et bifurcations La trajectoire de vie peut être définie comme « un entrecroisement de multiples lignes biographiques plus ou moins autonomes ou dépendantes les unes des autres : le parcours scolaire, le rapport au travail et à l’emploi, la vie familiale, la vie sociale, la santé, la trajectoire résidentielle, l’itinéraire politique, etc. L’individu met en scène à travers lui une multiplicité de sphères, dont certaines ont parfois permis une bifurcation ou un changement, d’autres ayant été touchées ensuite par ces changements. Par exemple, le récit d’un processus d’installation en agriculture se limite rarement à l’évocation de la seule sphère professionnelle. La méthode de recueil des récits de vie fut tout d’abord mobilisée en France par l’anthropologie et la psychologie sociale avant d’être partiellement oubliée au cours des années 1940 et 1950 au profit de méthodes quantitatives et statistiques. Nous présentons maintenant les deux phases du processus de recherche-action.

1ère étape : recueil des récits de vie Il s’agit de solliciter l’individu pour qu’il raconte un fragment de sa vie, dont la temporalité est variable, puisque qu’il choisit lui-même la période d’où son récit débute. L’entretien est initié par une question ouverte du type : « Ce que je voudrais que vous me racontiez, c’est comment vous êtes arrivé à vouloir vous installer en agriculture ? La reconstruction des séquences de la trajectoire : il s’agit d’amener l’individu à raconter les différentes étapes de sa trajectoire telles qu’il s’en souvient ou telles qu’il les juge, puis de l’inviter à les analyser. Il s’agit de l’interroger notamment sur les personnes clés de ses réseaux exprimés, qui ont pu influencer, orienter la construction de son projet d’installation. 2ème étape : traitement des entretiens et construction de représentations graphiques de la trajectoire La retranscription intégrale des entretiens constitue le corpus de base pour l’analyse des récits de vie. Une fois les entretiens intégralement séquencés, les différents extraits du récit sont reportés dans des tableaux. Ces derniers permettent d’exploiter plus facilement les informations que ce soit pour réaliser des représentations graphiques ou comparer les récits entre eux.

Représentation de la trajectoire d’installation de l’individu : ce schéma donne à voir le projet d’installation dans une perspective diachronique. Il reprend les éléments du récit relatifs aux expériences précédant le projet, les arguments justifiant le changement d’activité ainsi que les propositions d’alternatives au projet envisagées par le locuteur. Représentation des catégories de motivations : ce graphe illustre les ’mobiles’ de l’installation. Il peut s’agir de ce que la personne ne veut plus ou au contraire de ce qu’elle recherche dans son projet futur. Dans les deux cas, les motivations renvoient à des expériences passées, énoncées et analysées par la personne.

3ème étape : confrontation et validation des représentations graphiques avec les acteurs Environ un ou deux mois après le premier entretien, un deuxième passage est organisé. Le chercheur présente d’abord la synthèse de ses interprétations, matérialisées par les cartes cognitives qu’il a effectuées puis invite son interlocuteur à commenter chaque graphe, à faire les modifications qu’il souhaite et à les valider. 4ème étape : fabriquer du général à partir du particulier. Il s’agit en effet de passer des études de cas à la construction de grilles de lecture à partir d’une analyse croisée des énoncés et des représentations graphiques.

La mise en parallèle des trajectoires d’installation permet en particulier d’identifier des séquences récurrentes dans le parcours d’installation ce qui rend possible la reconstruction d’une trajectoire d’installation « type ». Les professionnels de l’accompagnement peuvent la mobiliser pour positionner de nouveaux porteurs de projet et adapter le type d’accompagnement. Enfin, cette démarche comparative est essentielle dans le processus de recherche-action car elle permet aux chercheurs et accompagnateurs d’interagir autour des résultats afin d’affiner et de valider les représentations graphiques tout en sachant à quels types d’informations elles permettent d’accéder. Seconde phase : adaptation de la méthode pour la pratique d’accompagnement La deuxième phase du processus de recherche-action consiste à traduire cette méthode d’analyse sociologique des récits de vie en un outil mobilisable pour l’accompagnement, à travers un travail collaboratif entre accompagnateurs, scientifiques et porteurs de projet. Test des outils en situation réelle d’accompagnement Quatre accompagnateurs de l’ADEAR ont ensuite testé auprès de six porteurs de projets la méthode de représentations graphiques des trajectoires au cours d’entrevues de deux à trois heures. Plusieurs graphiques ont pu être dessinés.

Cette représentation a par exemple permis de souligner les interactions entre différentes motivations et différentes activités. L’accompagnateur a par exemple repéré une tension entre d’une part, la motivation d’ « autonomie décisionnelle, financière  », d’autre part la volonté de « ne pas mélanger amitié et professionnel  » du porteur de projet, et enfin sa volonté de s’installer avec deux amis motivés pour « faire partie d’un collectif  ». Amélioration et formalisation pas à pas de l’outil Chaque utilisation expérimentale de l’outil a fait l’objet, de la part du chercheur, d’observations précises des interactions et de plusieurs discussions ’à chaud’ avec le porteur de projet et l’accompagnateur, puis ’à froid’ avec l’accompagnateur seul. C’est ainsi qu’il a été possible d’envisager la confection d’un support de prise de notes assez grand présentant un axe chronologique, des thèmes clés à repérer dans le récit et enfin des questions de relance pour pouvoir relancer le porteur de projet sur les récurrences, les paradoxes et les dimensions restées silencieuses : ces éléments sont préparés à l’avance.

Enfin, elle met en évidence les intérêts de l’outil, que ce soit pour les accompagnateurs ou pour les porteurs de projet. L’objectif de cette méthode n’est pas de saisir la ’bonne interprétation’. C’est au contraire dans la confrontation de ces représentations successives que se construisent ou s’affinent les questions, s’élaborent de nouvelles hypothèses, se conçoivent éventuellement des solutions. La création de connaissances sur l’action et pour l’action Une caractéristique inhérente à l’approche biographique est qu’elle permet de façonner des questions dont le sens est indissociable des projets latents ou exprimés d’acteurs non chercheurs. Transfert de compétences du sociologue à l’acteur La méthode d’analyse des trajectoires proposée ici présente une double dimension réflexive et interactive qui s’apparente à un transfert de compétences.

En effet, partant du postulat que les problèmes, les expériences, les événements sont socialement construits, le sociologue laisse les acteurs s’interroger sur les raisons et les conséquences de leurs actes et choix. Les modalités de construction de l’outil, garantes d’un outil pour l’accompagnement ? Des postures de l’accompagnateur à la posture de l’accompagnant : projet, autonomie et responsabilité », 7e colloque européen sur l’auto- formation « Faciliter les apprentissages autonomes », ENFA, Auzeville. Le récit de vie, , Paris, Armand Colin.

Les sciences sociales face aux ruptures et à l’évènement. Précis de sociologie de l’émancipation, Paris, Gallimard. Supagro – ADEAR de l’Aude, Montpellier. Cartes cognitives et organisations , Editions de l’ADREG, mis en ligne en septembre 2003, consulté le 12 octobre 2012. Aider les producteurs à résoudre leurs problèmes : La recherche co-active de solutions, Montpellier, GERDAL. L’exemple de récits d’insertion, Paris, Nathan.

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