Le fil du fleuve PDF

Depuis dimanche, les réseaux sociaux congolais explosent car à peine Martin Fayulu avait- il été désigné, à la suite d’un vote, comme candidat unique de l’opposition que deux des signataires, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe se retiraient de l’accord, invoquant la pression de leur base. En lisant les documents le fil du fleuve PDF avaient obtenu l’assentiment des sept prétendants à l’élection présidentielle, on découvre que le candidat commun s’était engagé à obtenir le rejet de la machine à voter, le nettoyage du fichier électoral, la décrispation, passant par la libération des prisonniers politiques. Or ces positions, fermement défendues par Martin Fayulu, réputé l’un des plus intraitables sur ces points, auraient immanquablement mené à un report des élections.


Cet ouvrage est une réédition numérique d’un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d’origine.

Les motivations des deux renégats ont donc pu être multiples : Félix Tshisekedi, on le sait, avait accepté que les élections aient lieu à la date prévue, avec ou sans machine à voter et il n’approuvait guère l’idée d’un autre retard. En outre, l’UDPS, le plus ancien des partis d’opposition, estime, aujourd’hui comme hier, que son temps est venu et les militants de base n’acceptent pas l’effacement de leur candidat qui porte le nom mythique de la famille Tshisekedi. A ces considérations politiques, l’opinion congolaise, presque unanime, ajoute l’hypothèse d’un double jeu qui aurait été mené depuis le début : s’ils avaient été choisis comme candidat unique , tant Kamerhe que Tshisekedi auraient été prêts à accepter, en cas d’échec électoral devant le dauphin Shadary, un prix de consolation, en l’occurrence le poste de Premier Ministre dans un gouvernement de cohabitation . On peut se demander aussi comment Martin Fayulu, un vétéran en politique mais dont le parti ECIDE ne dispose que d’un siège à l’Assemblée a pu se retrouver élu candidat unique et donc présidentiable. Même si l’élection de Martin Fayulu comme candidat unique de l’opposition a clarifié le choix qui devrait être offert aux électeurs congolais le 23 décembre, les répercussions de ce vote surprise ne sont pas encore calmées.

Vital Kamerhe, l’autre favori de cette primaire de l’opposition la déception est vive également, car l’ancien président de l’Assemblée nationale apparaissait comme un présidentiable sérieux. Si Martin Fayulu devra tenir compte des autres candidatures, il ne sera pas pour autant dépourvu d’atouts. Cela étant, bien des obstacles subsistent, indépendamment des réticences de l’UDPS et de l’UNC. Commission électorale indépendante : depuis des mois il récuse la machine à voter et dénonce le fait que six millions d’électeurs aient été enregistrés sans empreintes digitales. Une fois de plus, les Congolais ont créé la surprise : la désignation d’Emmanuel Shadary a pris de court les ténors de la majorité présidentielle, celle de Martin Fayulu comme candidat unique de l’opposition déjoue tous les pronostics.

La cause a failli sembler désespérée : ni en Belgique, ni en Afrique du Sud, ni même à Genève, les sept principaux candidats à l’élection présidentielle n’avaient réussi à se mettre d’accord sur un seul nom et les divers médiateurs, dont cette semaine le Britannique Alan Doss, ancien patron de la Monusco, étaient sur le point de jeter l’éponge. Jusqu’au bout, deux camps s’étaient dessinés autour des deux favoris. Un politicien expérimenté, assuré d’une large base électorale dans l’Est et en particulier au Sud Kivu sa province d’origine, mais toujours soupçonné d’avoir gardé le contact avec Joseph Kabila. Quant à Martin Fayulu, nul n’aurait osé parier sur le fondateur de ECIDE engagement pour la citoyenneté et le développement . Ayant sa base électorale à Kinshasa, cet ancien homme d’affaires était présenté comme un homme plus proche de la société civile que des cercles du pouvoir, dépourvu de larges connections populaires ou ethniques. C’était négliger les chances du plus petit dénominateur commun.

Son parcours politique n’a rien à envier à celui de son désormais rival Emmanuel Shadary : en 2006, il est élu à Kinshasa député national et provincial, mais choisit l’Assemblée provinciale, en 2011 il est élu député national à la tête de son parti ECIDE et devient coordonnateur des Forces acquises au changement, une plate forme qui regroupe vingt partis politiques. Alors que, depuis l’expiration du mandat de Joseph Kabila en 2016 le climat politique s’est durci et que s’est renforcée la répression des mouvements citoyens, Martin Fayulu a veillé à garder le contact avec les jeunes de Lucha et avec les laïcs chrétiens, il a partagé ses réflexions avec le Docteur Mukwege et d’autres intellectuels et il est bien introduit dans les ambassades occidentales, dont la Belgique. Alors que le président rwandais Paul Kagame, qui se trouve aussi à la tête de l’Union africaine, était présent à la table d’honneur qui suivit la cérémonie de commémoration de la fin de la première guerre mondiale, aux côtés de plusieurs chefs d’Etat d’Afrique francophone, la République démocratique du Congo brillait par son absence. Rappelons que lorsque la première guerre mondiale éclate en Europe, le Congo belge est théoriquement neutre. Mais le 4 août 1914, lorsque la Belgique est contrainte d’entrer en guerre, les marines alliées sont autorisées à naviguer dans ses eaux. Le 29 août 1914 le Congo entre officiellement en guerre après que l’Allemagne ait lancé des opérations à Mokolobu et Lukuga, en réponse aux attaques allemandes qui, elles-mêmes, répondaient aux assauts britanniques. Malgré ces effectifs relativement modestes, la Force publique participera à quatre campagnes : celle du Cameroun auprès des troupes coloniales françaises, celle de Rhodésie du Nord aux côtés des Britanniques, celle de Tabora en Afrique orientale allemande et enfin celle de Mahenge , également en Afrique orientale.

L’objectif de la Belgique est de sécuriser les frontières du Congo mais aussi de conquérir une partie des territoires de la colonie allemande. Au cours de cette campagne de six mois, on estime que 11. Par la suite les réquisitions deviendront de plus en plus difficiles mais se poursuivront tandis que le Congo produira les vivres et les minerais indispensables aux troupes alliées. La campagne de Mahenge, au sud de Tabora, se terminera le 9 octobre 1917 et elle aura entraîné la mort de près de 3000 porteurs permanents. Au lendemain du conflit, la Belgique désormais reconnue puissance coloniale, aura conquis le droit de s’asseoir à la table des vainqueurs et plus tard, elle se verra confier le protectorat du Rwanda et du Burundi. Le ministère des Colonies publiera alors le nombre officiel des victimes : 3.

954 porteurs tués entre le 1er août 1914 et le 11 novembre 1918, pour 1290 officiers et sous officiers européens tués durant la même période. Alors qu’elles ont remporté plusieurs des rares victoires belges de la guerre, les troupes coloniales ne seront pas associées aux fêtes de la victoire en Europe. Un siècle après le 11 novembre 1918, les Congolais sont toujours absents de la commémoration d’une victoire dont ils ont cependant payé le prix. Roland Mahauden, le vieux pirate du Théâtre de Poche, a baissé la voile. Il ne passera plus près du feu ouvert, ne s’arrêtera plus près du bar construit de ses mains, il ne saluera plus les amis sous les arbres du Bois de la Cambre et seul son souvenir, son exemple, encourageront encore les jeunes talents. Avec Roland, depuis des années, c’était le monde qui entrait en bourrasque dans ce petit havre de brique. Est du Congo, de Délestage de David Ilunga, et de tant d’autres spectacles, évènements ou coups de poings.

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